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Un autre regard sur les enfants hyperactifs

Dernière mise à jour : 5 juin 2023




Dans une des structures où je travaille, j'ai osé feuilleter un de ces nombreux ouvrages qui parlent des enfants atypiques sous un regard condescendant. Titre "Les enfants hyperactif", et sous titre "Comprendre la maladie, les traitements naturels, acquérir les bons reflexes". J'ai déjà eu du mal à l'ouvrir avec un titre aussi dénigrant, mais l'expérience fut intéressante et je souhaite vous partager ma reflexion le plus honnêtement possible.


Je reconnais que certaines connaissances théoriques sur les profils haut potentiel m'ont aidé à mieux cerner ce qu'on entend pas là, et comment discerner ce "paramètre" chez l'enfant. Par exemple, certaines personnes peuvent confondre un enfant intelligent et un enfant à haut potentiel, car les notions d'intelligences multiples, de pensées associative leurs sont inconnues. Affiner son regard en s'informant me semble important, et on pourrait aussi se questionner sur ce que signifie vraiment d'êter hypersensible, ou hyperactif. Ce sont des sujets passionnants, et je refuse qu'un livre puisse me dire "c'est comme ça", et ne me permette pas de me questionner. C'est, à mon sens, là où diffèrent les livres qui ouvrent l'esprit et ceux qui le ferment. Parlons donc de celui-ci


I) Les enfants hyperactifs : symptôme ou maladie ?

"Aujourd'hui, on sait que l'hyper-activité associée à un trouble de l'attention est une maladie à part entière dont l'origine serait probablement neurologique." Première page, premier boulet. Si votre enfant bouge en permanence, disons s'il est vivant, impulsif, curieux, qu'il papillonne et a du mal à se centrer sur une chose : votre enfant est malade. Le point majeur : si cela est une souffrance pour lui et non un avantage. Voici un opinion tranché, accordé par la médecine, et je suppose accepté par les parents déboussolés. Qu'en pensez-vous ? Moi je trouve qu'on ne devrait pas trancher un tel sujet sans connaissance de l'environnement de l'enfant. Si nos parents sont anxieux depuis notre naissance, on devient spontanément anxieux et donc non-ancré dans notre corps, notre sécurité intérieure, et aujourd'hui anxiété comme stress sont des composantes de la vie quotidienne de beaucoup de personnes, et pas juste de cadres supérieurs ! Même des personnes qui n'ont pas de grandes responsabilités ni des emplois du temps chargé sont de nos jours anxieux pour un petit rien, une peur du vide est devenue problématique, et chaque moment de vide se rempli en regardant son téléphone ou en créant une interaction stressante avec son enfant, qui lui ne demande souvent rien. Je constate ce genre de relation parent/enfant ou enseignant/enfant chaque jour.


Ensuite, a-t-on les outils pour donner à l'enfant l'occasion de faire de son énergie une force ? A-t-on les ressources, l'entourage, les conditions favorables pour l'accompagner dans son développement individualisé. Oui individualisé, je crois que c'est le rôle des parents que de se questionner sur la manière d'aider leur enfant à grandir, en fonction de qui il.elle est. Jadis, les enfants énergiques, dont certains avec un QI faible / ou autistes, étaient très heureux dans les champs ou chez un artisan à effectuer des tâches répétitives et manuelles ! Comment recréer cela aujourd'hui ? Il faut se bouger pour trouver des adultes intéressés à créer ces environnements bienveillants, mais des artistes, artisans, paysans, qui ont autant de bon sens que d'amour, il y en a beaucoup ! Donc première morale :


Confions nos enfants à des personnes avec un bon coeur et un bon sens, et pas systématiquement à des professionnels qui sont souvent formatés à "il faut respecter l'adulte", "il faut être calme"...


En effet, vu sous ce nouvel angle, comment considérer que le fait d'être très vivant soit une maladie ? Juste une variable, neurologique ou due au contexte familial, mais une variable qui doit permettre un épanouissement adapté, de même que l'enfant qui se passionne pour les dinosaures ou les voitures. J'entends bien, qu'en parlant de neurologie, on tente de faire déculpabiliser les parents. Mais en déculpabilisant, on retire aussi la matière qui permettrait au parent (humain avant tout) d'apprendre et de grandir ! Car toute la vie est faite pour apprendre. Se vautrer devant une série télé n'est pas dans notre code génétique !


En pensant à la manière dont on catalogue les troubles des enfants, j'ai découvert le terme de ségrégation cognitive, et cela m'a inspiré cette image:



Parlons du sujet souvent associé : le problème d'attention. A ce sujet, j'aimerais résumer la chose le plus simplement possible. On parle de trouble lorsque l'enfant n'arrive pas à se concentrer même face à quelque chose qu'il aime, mais lorsque c'est un sujet qui ne l'intéresse pas, c'est tout à fait cohérent qu'il décroche. Pas besoin d'en écrire des paragraphes : la vérité est simple, lorsqu'on s'intéresse à quelque chose, n'importe qui se concentre. Je crois que la plupart de temps où on parle de trouble de l'attention, on se ne pose même pas cette question "Est-ce que l'enfant est face à un sujet qu'il a choisi, qui l'intéresse vraiment ?". Voici donc la deuxième morale :


Avant de juger un enfant, observez-le (Ce qui signifie ne pas intervenir !) dans un contexte où il est bien, en sécurité sociale, physique, affective, émotionnelle.


Ce qui mène aux causes de l'hyper-activité, le livre liste le retard mental, la réactions aux médicaments, des troubles bipolaires précoces etc... un peu flippant tout de même. En fait, la liste ne se préoccupe pas du tout de l'environnement de l'enfant : s'il y a de la musique ou une télé gigantesque allumée toute la journée dans son salon, si comme nombre d'enfants en souffrance, il a accès au monde naturel. En effet, cette coupure du vivant (renforcée par les écrans) serait une des grandes causes du TDAH ! J'ajoute, les environnement non pas sur-stimulants (trop d'écrans...), mais sous-stimulants ! Lorsqu'il n'y a aucun livre, aucune source de connaissance, aucune culture, aucune liberté de découvrir, aucun budget d'activité, l'enfant pourrait n'avoir aucune possibilité de développer son potentiel, et développer une impulsivité en réponse. Quelles seraient les autres causes ? Les circonstance où l'enfant est materné, ou traumatisé, méprisé, ou face à des adultes sévères. J'ajoute encore les activités ennuyantes, où l'enfant est contraint de participer contre son gré, qui ne lui permettent pas d'exprimer son intelligence, c'est là que se révèle surtout l'agitation des HPI, mais aussi dans bien d'autres cas. Voici la troisième morale :


L'hyper-activité serait dans ces cas une réponse NORMALE à une situation de souffrance, une incapacité à faire émerger ce que l'âme souhait crier au monde : le potentiel en chacun.





II) Les troubles de l'apprentissage

Le livre révèle une statistique forte : 50% des hyperactifs auront des difficultés dans leur parcours scolaire, 5% chez les autres élèves. C'est surement vrai, mais alors est-ce souhaitable que tant d'enfants réussissent à l'école ? A comparer les compétences dès leurs 4 ans, se voire noter toute leur enfance sur des critères sur lesquels ils n'ont aucune prise, tout ça pour se battre les uns contre les autres pour un job, et se planter des couteaux dans le dos une fois arrivés dans le monde du travail ? Et demandez-vous, ou demandez à votre voisin : qu'est ce qu'il vous reste, vraiment, de l'école, quel souvenir de plaisir avez-vous gardés ? Vous ne vous souvenez pas, mais je vois chaque jour ce qu'apprennent vos enfants, et c'est vraiment contestable, ce qui m'amène à rejoindre ceux qui disent que l'école est devenue une garderie pour permettre aux parents de travailler, plutôt qu'un lieu pour s'épanouir. Enfin, avec un petit bricolage de temps en temps, et un grand sourire de maitresse, et on continue comme avant. Non ? Disons-le, certains écoles, et certains prof font une différence dans une vie d'enfant, je le reconnais, mais dans la plupart des cas, ce que les enfants apprennent est complètement déconnecté de leur réalité, leur intérêts, de leurs préoccupations. S'il y avait une salle pour décharger ses émotions, un espace de gym en libre service, des interventions régulières de parents pour parler de leur métiers, ou même des parents qui passeraient un peu de temps à accompagner l'enfant en classe, cela ferait une grande différence ! Mais voilà, vos enfants doivent se souvenir du type de matière utilisées par les hommes Neandertal, de l'année de l'effondrement de l'Empire Romain, de la température où l'eau bout, de conjugaisons du futur antérieur etc...

Donc, lorsque le livre dit "toute leur attention est mobilisée par le déchiffrage des lettres et ils ne peuvent se concentrer sur la lecture et sur le sens du texte", on est en droit de se demander : "Est-ce que cet enfant a envie d'apprendre à lire, est-ce qu'il est prêt pour cela ? Est-ce que ce qu'il lit l'intéresse ? Est-ce qu'il n'est pas chargé d'une émotion de stress ou de peur liée à sa journée, au contexte scolaire, à l'attente de l'enseignant ou des parents ?


Ce qui amène la quatrième morale :


On ne peut pas juger des troubles d'apprentissages d'un enfant s'il.elle n'est pas acteur (voire responsable dans une pédagogie de projet) de son programme scolaire


Pour les difficultés scolaire, je vous recommande vivement les conférences de Paul Landon, qui explique avec beaucoup d'humour comment cela se passe dans la tête et dans le corps des enfants Dys, et les troubles d'apprentissages liés aux reflexes archaiques. Petite citation de Paul Landon: "On ne pense pas que les gens ont des problèmes, on pense que les seuls problèmes qui existent c’est le non accès à notre potentiel, plein et entier, d’homo sapiens.". Je suis en plein accord. Petit extrait : https://youtu.be/_WqawXm_rjw?list=LL


III) Hyperactivité et opposition :

On apprend ici que 20 à 50% des élèves souffrent de trouble oppositionnel associé. Bon, alors affirmer son désir d'épanouissement, de libérer ses idées, son envie d'être soi, c'est un trouble ? La définition est claire : un comportement hostile, négativiste, provocateurs pendant au moins six mois. Un enfant qui montre un tel comportement est simplement en souffrance ! Est-ce que lui coller une étiquette de colérique, rebelle, arrogant, va l'aider ? Pour affiner le diagnostique, le livre cite : est souvent susceptible, s'oppose aux règles des adultes, conteste les adultes, fait porter à autrui la responsabilité de ses erreurs, embête les autres etc... Personnelement, je ne vois aucun lien avec l'hyperactivité, mais plutôt une sagesse : l'enfant a le droit de contester l'adulte si ce qu'il lui impose n'est pas cohérent ! C'est même une forme d'intelligence et de charisme ! Pour ce qui est de l'enfant qui embête les autres, c'est presque toujours signes qu'il s'ennui ou qu'il a besoin d'être écoute, mais bien sur avec 20 enfants pour 1 adulte, cet appel humain passe pour un problème !

Voici la dernière morale :


Lorsque l'environnement n'est pas soutenant, adapté à ses envie profondes, ne permet de l'expression de son potentiel, ses idées, son caractère, on ne peut pas reprocher un enfant d'avoir un comportement déplacé !


Comme conclusion, je citerai Krishnamurti : "Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être adapté à une société malade.". Pour dire que la plupart de ces livres, conseils, sont basés sur une réalité affreusement fausse : nous vivons selon eux dans le meilleur des mondes possibles, et la vie que nous offrons aux enfants correspond à leurs aspirations et envies. NON NON NON. La vie que nous offrons aux enfants est, pour reprendre Alexandre Neil, anti-vie : hors de la nature, hors de toute désir de vie, d'expansion spontanée, hors de la curiosité instinctive ! Je ne peux me résoudre à prendre ces écrivains au sérieux, même en faisant des efforts. Non, aucun d'eux n'ose questionner le problème de base qui génère toutes ces maladies !!! Pour aller dans cette question, il faut avoir beaucoup de temps, de discernement, d'amour du vivant. J'ai l'impression que ces sont des aspect de la vie qui, de nos jours, manquent à beaucoup. Mais résumons ici quelques réponses à cette question de "ce qu'il manque cruellement" :

-> Connexion quotidienne à la nature

-> Entourage d'adultes soutenants

-> Possibilité de jouer sans limites de temps

-> Confiance en l'adulte de référence affective

-> Accès aux outils des adultes

-> Responsabilités/contribution reconnus dans sa communauté

-> Sécurité affective liée au sentiment d'attachement dans les premiers mois

-> Libre choix des matières à étudier ou de la manière de l'étudier

-> Entourage d'enfants de tout âge portant une vision des prochaines étapes à franchir

-> Opportunités de dépenser son énergie dans des activités qui ont du sens, une gratification immédiate (vaisselle) ou différée (agriculture)


La liste est à compléter de vos commentaires


Nicolas - Mai 2023





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